RAINER BÜRCK / Without Fear (earsay productions # es99001) François Couture, Le Delire Actuel (CFLX, Sherbrooke, Québec)

Un nouveau label électroacoustique s'est implanté à Vancouver. Je viens à peine de découvrir earsay productions (sans majuscules), qui a débuté ses activités en mai 1997. En plus de disques de Andrew Czink et de John Oliver (les deux directeurs de l'étiquette) et d'artistes comme Susan Frykberg et Hildegarde Westerkamp, earsay a fait paraître plus tôt cette année un CD remarquable intitulé Without Fear et signé Rainer Bürck, un Allemand virtuellement inconnu ici.

Without Fear réunit six pièces que l'on peut diviser en trois tendances. Selon la première tendance, Bürck utilise une musique pré-existente qu'il déconstruit, transforme et réassemble pour créer une oeuvre complètement différente. Ainsi, "Hommage à S... pour S..." utilise comme matériau de base une sonate de Scarlatti. "Improvisation PCV" a pour base un enregistrement en spectacle d'une improvisation de Bürck et de Roland Graeter. Le résultat est intéressant, surtout dans le second cas. La deuxième technique qu'adopte Bürck est la composition pour instrumentiste solo et électroniques. Bürck a conçu un logiciel qui "habille" la performance du soliste selon plusieurs variables, certaines aléatoires, d'autres bien précises. "STRINGendo" présente le violoniste Günter Marx; "Flautando", la flûtiste Miriam Arnold. "STRINGendo" est particulièrement réussie. Les textures qui émergent du violon sont souvent méconnaissables et la dynamique de cette oeuvre coupe le souffle. Enfin, deux pièces appartiennent à de l'électroacoustique traditionnelle. "...ohne Schrecken" est habité par un climat méditatif qui sied bien pour la dernière pièce du disque. Mais la pièce de résistance de Without Fear est sans nul doute "Des ombres de la nuit". Composée à partir de sons d'orgue enregistrées au milieu de la nuit dans une église sombre, cette oeuvre propose quatorze minutes d'angoisse torturante pendant lesquelles les passages murmurés camouflent les éclats violents de cet instrument diabolique qu'est l'orgue d'église. Un morceau de maître digne d'anthologie.

Without Fear constitue un très bon disque électroacoustique, bien dosé, sans temps morts. L'auditeur y trouve une palette sonore riche et variée. La force évocatrice des "Des ombres de la nuit" vaut à elle seule que vous mettiez la main sur ce disque.